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Protoxyde d'azote : 148 explosions ont arrêté des incinérateurs en 2024

148 arrêts de ligne, 29 incinérateurs touchés, 1,3 M€ de pertes sur un seul site : le bilan 2024 des explosions de bouteilles de protoxyde d'azote montre qu'il faut les détecter avant le four.

Par Alexia V. Chargée de Marketing & Communication 5 min de lecture
Benne remplie de bouteilles de protoxyde d'azote usagées
Sommaire
  1. Explosions de protoxyde d'azote : ce que révèle le bilan 2024
  2. Un incinérateur, 19 arrêts, 980 heures, 1,3 M€
  3. Pourquoi les bouteilles échappent-elles à la détection ?
  4. Capter les bouteilles avant le four
  5. Questions fréquentes
  6. Pourquoi une bouteille de protoxyde d'azote explose-t-elle dans le four ?
  7. Toutes les bouteilles explosent-elles ?

En 2024, les explosions de bouteilles de protoxyde d'azote ont provoqué 148 arrêts techniques non programmés dans 29 incinérateurs de déchets non dangereux en France, selon le bilan publié par le ministère de la Transition écologique (BARPI, base ARIA). Une fois la bouteille dans le four, il est trop tard : grilles cassées, ligne à l'arrêt, déchets détournés. L'enjeu est donc de détecter ces bouteilles en amont, avant qu'elles n'atteignent la chaudière.

Explosions de protoxyde d'azote : ce que révèle le bilan 2024

En mars 2025, la Direction générale de la prévention des risques a demandé à tous les incinérateurs de recenser les explosions ayant entraîné un arrêt de ligne en 2024. Le résultat, publié en septembre 2025, est sans appel :

148

arrêts techniques non programmés liés au protoxyde d'azote en 2024

BARPI, synthèse ARIA, septembre 2025

  • 29 installations d'incinération concernées ;
  • une durée d'arrêt moyenne de 56 heures, jusqu'à 227 heures pour un seul événement ;
  • plus de 6,7 M€ de conséquences économiques pour les 74 événements chiffrés, soit environ 90 000 € par arrêt en moyenne.

Ces chiffres sont un plancher. Au 1er avril 2025, le BARPI ne disposait d'informations que sur 48 des 119 incinérateurs de métropole. Et toutes les explosions ne conduisent pas à un arrêt : un exploitant a recensé 474 explosions sur ses deux lignes en 2024, pour 6 arrêts seulement.

La tendance s'aggrave. Le SVDU, syndicat national des exploitants d'incinérateurs, place ces explosions au premier rang des causes d'indisponibilité des incinérateurs français et indique que le premier semestre 2025 a déjà dépassé le total de 2024.

Un incinérateur, 19 arrêts, 980 heures, 1,3 M€

Le cas le plus marquant du bilan est celui de l'incinérateur de Thiverval-Grignon, dans les Yvelines. Le 1er janvier 2024 à 4 h 07, des bouteilles explosent dans un four et cassent des barreaux de grille. La ligne reste arrêtée 46 heures.

Ce n'est que le premier épisode. Sur l'année, le site connaît 18 autres arrêts non programmés pour la même cause. Au total :

  • 980 heures d'indisponibilité d'une ligne d'incinération ;
  • 11 553 tonnes de déchets non incinérées ;
  • 6 087 MWh d'électricité non produits ;
  • un coût de l'ordre de 1,3 M€.

Ces arrêts représentent plus de la moitié des arrêts non programmés de l'installation sur l'année. Au-delà de la réparation, il faut stocker ou réorienter les déchets en attente, parfois vers d'autres sites, avec davantage de transport.

Pourquoi les bouteilles échappent-elles à la détection ?

Une bouteille de protoxyde d'azote ne pèse presque rien face aux tonnes déchargées chaque jour dans une fosse. Les exploitants interrogés par le BARPI font le même constat : il est difficile de repérer une bouteille dans plusieurs tonnes de déchets. Les contrôles inopinés des camions avant vidage donnent des résultats peu probants, car les bouteilles restent cachées dans les sacs d'ordures ménagères.

Le risque vient des bouteilles qui ne sont pas totalement vides. Sous l'effet de la chaleur du four, le gaz restant monte en pression jusqu'à la rupture. Les bouteilles vides, elles, traversent la combustion et se retrouvent dans les mâchefers.

Capter les bouteilles avant le four

Parmi les pistes relevées par le BARPI figure l'amélioration du tri de ces bouteilles dans les centres de tri, de transit et de regroupement situés en amont des incinérateurs. C'est le terrain de Wasoria : chaque bouteille retirée sur une ligne de tri est une bouteille qui ne rejoindra pas les refus envoyés en valorisation énergétique.

La Wasoria Box, installée sur un portique au-dessus du convoyeur, associe une caméra RGB, un capteur thermique et une intelligence artificielle embarquée. Elle repère chaque objet dangereux en temps réel et alerte l'opérateur, qui l'extrait du flux.

Wasoria Box montée sur un portique au-dessus de deux convoyeurs de tri
Une Wasoria Box sur son portique, au-dessus d'une ligne de tri.
+ de 99 %

de détection des bouteilles de gaz et cartouches de protoxyde d'azote

Certification Elcimaï

Selon le centre de tri, 10 à 60 cartouches de protoxyde d'azote sont ainsi extraites chaque jour sur les sites équipés. Une quarantaine de portiques sont aujourd'hui en service partout en France.

Cette détection ne remplace pas la prévention à la source : les bouteilles doivent être déposées en déchèterie, jamais dans les ordures ménagères ni dans le bac de tri. Elle constitue un filet de sécurité pour les flux qui passent par un centre de tri.

Questions fréquentes

Pourquoi une bouteille de protoxyde d'azote explose-t-elle dans le four ?

Lorsqu'une bouteille contient encore du gaz, la température du four fait monter la pression interne jusqu'à la rupture de l'enveloppe métallique. L'explosion endommage les barreaux de grille, les réfractaires ou les tubes de chaudière.

Toutes les bouteilles explosent-elles ?

Non. Les bouteilles totalement vides n'explosent pas et ressortent dans les mâchefers. Leur comptage permet de mesurer l'ampleur du phénomène : en 2023, un incinérateur a relevé en moyenne 60 bouteilles par jour dans ses mâchefers sur une période de 15 jours (source : BARPI).

Voir comment les bouteilles sont extraites en centre de tri

À propos de l'auteur

Alexia V.

Chargée de Marketing & Communication